« J'étais sérieux, mais par perversion »

20070808

Stan the sound.


En mars 1991, à quelques notes de son dernier souffle, Stanley Gayetzsky s'enfonçait dans la nuit comme aux portes de son destin, arpentant les trottoirs gelés de Copenhague à la recherche d'un club, le Café Montmartre, au devant duquel les néons tièdes l'attendaient en épelant à la lettre son pseudonyme, Stan Getz.
Passant d'un pas doux l'embrasure de l'entrée des artistes, il posa l'étui cabossé de son alto et se mit à réspirer la scène qui plus loin déjà donnait ses effluves de muse en fleur. La clientèle de l'établissement, dont les appels grimpaient aux murs par petits sursauts, pressa de sa rumeur le rituel préparatoire du saxophoniste qui échangea quelques mimiques affectives avec Kenny Barron, pianiste des étincelles subtiles, avant de tous deux s'engager sur les planches d'une estrade embaumée de présages.
Ce soir-là, Stan Getz put expirer lui-même l'épitaphe de son âme, en grappes de nuages effilés, se joueant de l'infini d'une demi-sphère étoilée dont les scintillements en étaient des notes, éternelles. Sur l'autel du jazz, une dernière fois, le vieil homme laissa s'exprimer le petit gosse du Bronx, qui hier encore entendait par-delà les gémissements d'un coin de rue triste le son d'une beauté belle et sauvage, hymne des libertés intérieures.

mp3 Stan Getz/ People Time (live, Copenhagen)

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