
Actuellement, nous sommes en pleine commémoration du 30e anniversaire de la mort du King. Amen. Il paraîtrait d'ailleurs que plus de 100.000 personnes se sont massées ce 16 août devant les grilles de Graceland, demeure éternelle du Roi, Memphis-Tennesse-USA, pour poser des bises sur la tombe du légendaire Hillbilly Cat, mort d'une crise cardiaque le 16 août 1977, à quelques mètres de là, posé sur les chiottes du premier étage.
On imagine bien les 33 tonnes remplis ras-la-gueule de tee et de casquettes griffés Elvis, les sosies japonais en tenue à paillettes période Las Vegas, les litres de Bud servis dans des gobelets sérigraphiés avec une tête de beau-gosse à rouflaquettes, les motels surbookés et leurs matelas-à-eau sur lesquels reposent des coussins à l'éffigie du King période Hollywood-Hawaï, tout ça dans une impression de déjà-vu qui se précise lorsque le souvenir d'un séjour à Eurodisney refait subitement surface. Mais transformons donc cette situation en une simple question... Bordel de merde oh hé que célèbre-t-on au juste?
Pour ma part, je peux vous apporter une ébauche de réponse, bien plus personnelle que le traditionnel: Elvis = 1 milliard de fans = 1 milliard de personnes ne peuvent pas se tromper. Je vais la faire courte.
Le 5 juillet 1954, la première séance d'enregistrement officielle du jeune Elvis Presley est organisée au studio Sun de Memphis, en gros c'est ça. Près des micros, nous avons Scotty Moore tenant sa Gibson ES 295, Bill Black avec sa gross basse, et Elvis, sa gratte sèche, sapé comme un pimp et prêt à en découdre. Enfin pas tout à fait, pas encore, puisque de l'autre côté de la vitre, Sam Philipps, les doigts posés sur sa console préhistorique, suggère au trio de s'attaquer à une ballade, Harbor Lights, et que cela ne donne pas grand chose. Au bout de deux heures, alors qu'ils sont tous sur le point de remballer le matos, Elvis, frappé par la grâce, décide de se lancer dans une interprétation à sa sauce d'un vieux blues des 40's, That's All Right. Oh mon Dieu! Tranquille dans ses pompes bi-couleurs, ce putain d'enfoiré nous crache un truc, quoi exactement, à ce moment-là personne ne sait vraiment. Dès la première phrase, Elvis ne chantera pas "Well that's all right mama/ That's all right for you", comme convenu, mais balancera un "That's all right for yooouuu", un truc sauvage. Ce simple "yooouuu" contient tout: le cran d'arrêt, la gomina, la sape clinquante, les flirts, la baise, les cadillacs roses, les cris, l'émancipation, la fureur de vivre... Mistery Train, Heartbreak Hotel, Hound dog, Little Sister... la choré dans Jailhouse Rock, le mariage avec Priscilla en 15 minutes à Vegas, le '68 comeback special... bref, la foudre venue calciner la chape de plomb qui pesait sur la jeunesse américaine.
Je dois avouer qu'il m'est arrivé plusieurs fois, euh bon ouais ok des dizaines de fois, de poser mon index sur la touche re-wind de ma chaîne hifi pour me repasser encore, encore et encore ce "yooouuu", cette 9e seconde magique: la naissance du rock'n'roll baby.
mp3 Elvis Presley/ That's All Right
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