
(extrait d'un article de Philippe Manoeuvre, Rock&Folk nr.480)
«En '77, alors même qu'une partie du monde du rock redécouvre l'énergie, les deux esthètes de Steely Dan partent dans un rock jazz d'une subtilité déjà totalement caduque à l'époque. On sait tout sur les séances d'"Aja" ou presque. Et d'abord il faut comprendre que les deux hommes arrivent en studio avec des démos "tellement précises qu'on aurait pu les sortir telles quelles", dira leur manager. Pas si vite. Elles seront le prétexte à un ballet de virtuoses empressés qui défilent dans les cinq meilleurs studios de Los Angeles. La liste du personnel d'"Aja" est un bottin, le Who's Who des meilleurs musiciens de la capitale de la musique. Les deux patrons sont tenaces, épuisants. Une nuit, le batteur Steve Marotta reçoit un coup de fil de Brecker: "Tu n'aurais pas entrouvert ta charley un billion de millimètre entre le couplet et le refrain?"(...)
Les titres du Dan flirtent avec des sujets tabous. Il est question de sexe louche, toujours tarifé, de défonce. Le tout est servi sur un tapis de musique de cocktail, le genre de jazz que pourrait jouer un groupe ultra sophistiqué dans un coin de notre imaginaire. Tout le concept de cet album ironique semble le faux luxe. Après avoir enregistré une musique parfaite (mais relevant du jazz square de Mancini), Steely Dan pose dans cet écrin superbe des voix d'une noirceur épouventable. Car les textes de l'album sont grinçants, pessimistes. "Toutes les équipes gagnantes ont un nom/ Je veux qu'on m'en donne un quand je perdrais tout", explique le jazz maniaque solitaire de "Deacon Blues".»
mp3 Steely Dan/ deacon blues
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