« J'étais sérieux, mais par perversion »

20071030

Tony was a punk.


Du pur, du dur, qui décoiffe... la sophistication à quoi bon maintenant. Il va y avoir un nouveau son, c'est pour bientôt, et je veux en être. Alors "straight and chaser", autant foutre un peu d'eau dans son vin si c'est ce qu'il faut pour faire vibrer la base, la jeunesse hip et le ghetto hurlant. Paraît qu'ils se réunissent déjà, eux, par centaines de milliers, des fleurs dans les cheveux et de la dope plein les poches, pour prendre leur pied devant des murs d'amplis. Et les plans de musiciens prodiges, musicologues diplômés, ils n'en veulent plus les kids, ou d'une nouvelle manière: Jimi Hendrix ouais. Pour les élites, conglomérat de critiques pincés, cela fait bien longtemps qu'ils sont en rade, momifiés, à dégager, comprennent plus rien les cons. Mais attention, ok je décide de redescendre d'un cran, je sais ce que je vaux moi le surdoué, mais ce que je perds en complexité, je vais le gagner en énérgie, brute. Là, on y est! Ce qui arrive, ce qui débarque à peine, un putain de pied de nez, on l'entendra par les tripes. Les oreilles sont pleines de merde, faut pas s'en faire, moi et d'autres on va te calciner tout ça à la flamme nucléaire, parce-que sans déconner je crois bien que tout est à refaire, pas marrant sinon. Tu pourras juger sur pièce, profiter du spectacle du tout-au-tout qui pète. Et pense à prendre des photos, tu raconteras à tes petits-enfants. Miles Davis lui, putain toujours lui, il me scotche carrément le vieux, trop dément, au moins autant que moi je l'ai mis sur le cul la première fois qu'il m'a entendu. Il déclarait à la presse: «J'ai entendu sur le champ que le petit Tony Williams allait être l'un des plus fabuleux musiciens qui se soient approchés d'une batterie.» Ouais j'en veux que ça faisait plaisir. En ce temps-là, il m'avait ligoter pour me présenter à la tournée des grands Ducs, en Europe. Le rythme, à chaque show, je joueais tellement avec que lui, le maître, Miles en personne, je le voyais renaître soir après soir, encore et encore. Maintenant, il est en pleine période de transition: il veut faire connaissance avec l'élécricité lui aussi, aller encore plus loin, toujours plus haut. Son "Silent Way" j'ai joué dessus, pas trop nouveau au fond, un second Kind Of Blue, du déjà-vu... mais la suite je la connais, il nous prépare un truc monstrueux, et c'est Jack DeJohnette qui va me remplacer. Dorénavant, les génies vont se faire dragons et vous allez flipper comme jamais. Avec Miles, pendant 6 ans, on a comme qui dirait fait nos expériences, ensemble, un peu d'acide sur les standards, des clous dans les nouveaux thèmes, et du vertige dans les mesures cadencées au speed. Mais vu qu'on s'est séparé, là pour de bon, chacun prend sa route. C'est la même, mais dans différents sens - la même je vous dis! Sauf que lui, je l'appelle prophète, notre père à tous. T'as beau avoir toutes les ambitions du monde, tu seras toujours un ton en-dessous de Miles. Bref. Néanmoins, quoi qu'on en dise, il n'y a qu'un batteur pour remonter loin dans les âges, tout là-bas, quand nous n'êtions qu'en peaux de bêtes à faire nos gigs au fond des cavernes, au coin du feu tam-tam sur des pierres ou du bois. Vise un peu le truc, ce raisonnement. Une machine à voyager dans le temps, pour le coup, c'est une invention moderne, un truc du futur. Alors dans mon band, le choc des époques s'appellera John McLaughlin, guitariste incandescent. Il va nous la confectionner cette capsule spatio-temporelle. Et crois-moi, ça va carrément secouer. Puis oui, une dernière chose, je m'adresse au jazz: advienne que pourra.

mp3 The Tony Williams Lifetime/ to whom it may concern (them)



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