
(extrait d'un article de JD Beauvallet, Inrockuptibles nr.622)
«La première fois que l'on a vu les Happy Mondays sur scène, à Londres, il y a 20 ans, pas plus les 80's que nous-mêmes n'étions vraiment prêts pour ce choc visuel et cette agression sonique. C'était en première partie de New Order, et soudain la scène fut envahie de hooligans déréglés. On reconnut immédiatement les Happy Mondays: ils étaient typiques de ces délinquants juvéniles qu'on avait savamment appris à éviter dans les rues de Manchester, cheveux ras, sportswear casual mais ostentatoire, oeil méchant, rusé, à l'affût d'un mauvais coup. (...) Ce soir-là, en transe, révélation autant que révolution dans notre échelle du bon goût, les Happy Mondays donnèrent un concert inouï et chaotique, une rave sur scène pour le public gris et médusé de New Order. A des millions de kilomètres de Londres, en orbite autour d'un groove rocailleux, ils dansèrent de la première à la dernière seconde de leur concert, possédés par leurs beats, leur riffs anguleux, leur chant incantatoire. Incapables de leur faire quitter la scène, les organisateurs coupèrent la sono, en vain. Il fallut envoyer le service d'ordre pour les ceinturer et les évacuer. On venait de se faire d'excellents amis. (...)
Bez fut d'entrée un interlocuteur aussi lunaire que merveilleux. Comme cette fois où, backstage à l'Astoria de Londres, Shaun Ryder et lui en vinrent aux mains après que Bez se fut invité dans notre interview pour jurer ses grands dieux qu'il avait vu les Sex Pistols en 1973 - et que c'était comme ça et pas autrement. Ce jour-là, dans un vertigineux ballet de sacs, on a vu passer en argent liquide au moins le PIB de quelques pays défavorisés. Car avec le succés naissant, les Happy Mondays avaient développé à une échelle industrielle leur petit commerce d'une drogue neuve dont ils étaient, à Manchester, les concessionnaires officiels: l'ecstasy. Plus porté sur le cash que sur l'orthographe, Shaun venait d'ailleurs de se faire tatouer sur le biceps sa nouvelle vache à lait - nettement plus lucrative que les autoradios volés -, sa nouvelle muse aussi: "ecstacy". Véritable Scarface du sous-monde mancunien, il profitait de sa venue à Londres pour ouvrir une succursale, envoyant son armée de dealers délivrer les pilules et récupérer le cash. C'est grâce à cette économie souterraine que le groupe avait trouvé ce son particulier, un psychédélisme de contrebande, mélange de funk paillard et d'indie-rock débraillé. Un club de Manchester proposait en effet du funk et de la disco au rez-de-chaussée et du rock alternatif au sous-sol. Entre les deux, un vaste escalier permettaient aux clubbers de changer d'ambiance. C'est précisément là que les Happy Mondays dealaient, à la croisée des sons, ce mélange fortuit de musiques devenant leur trademark: du funk joué de manière brutale, lascif malgré lui, vaurien, grande gueule et castagneur par essence.»
mp3 Happy Mondays/ clap your hands
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