« J'étais sérieux, mais par perversion »

20080627

****** Dans ce contexte ******

Je me remémore assez clairement les renseignements fournis par la vieille dame en uniforme. Plus loin, il y aurait donc une supérette, sur la gauche, façade jaune, et qui théoriquement devrait fermer d'ici peu. Accélération, paramètres physiologiques en ébullition, je presse le pas, laissant poindre quelques perles de sueur sous mon polo. D'ailleurs, c'est l'occasion ou jamais de tester la véracité de ces baskets que je ne porte que très rarement. Inévitablement, j'écourte l'aspect découverte de ce quartier que je ne connais presque pas, disons presque plus. Et je fonce tête baissée, corps lancé, comme propulsé par une force hautement instinctive. Ma casquette se charge d'absorber la chaleur de mon crâne. Tout autour de moi, les choses paraissent floues, à peine esquissées. Conclusion de ce dynamisme, assez rapidement j'en viens à poser mon ombre sur la porte d'entrée du fameux commerce. Et me voici arpentant, observant, traversant, comparant, longeant, analysant, autrement dit rôdant che-lou un peu partout. Mais, il faut le dire, tout cela n'est rien, pas grand chose, tout juste l'histoire d'un mec en bermuda qui tente de faire son truc le mieux possible en fonction de critères comme le timing, le pouvoir d'achat, ou encore la tentative d'éviction du stress. Je manipule, je retourne, je repose, et parfois, enfin, je couche certaines choses dans le fond d'un panier rouge un peu collant. Puis, là, quoi, au détour de ma tâche, étonnante surprise, d'incroyables sensations surgissent comme ça, à l'improviste. En effet, au coeur de l'allée des produits congelés, une véritable danse d'effluves givrées s'approche de moi pour me caresser nuque, mollets, avant-bras... J'ai l'impression de flotter. Néanmoins, outre la poésie de l'instant, outre ce bénéfice sans mots, je ne peux m'empêcher de déconstruire le phénomêne. Car il s'agit peut être d'une prévision scientifique perfide, afin que, relâché, le client se mette à consommer plus, comme hypnotisé par ce rafraîchissement soudain. Pour ma part, je suis quasi certain que ce vent frais, bon, très bon, trop bon, est à l'origine d'achats suplémentaires inconsidérés, telle une bouteille de vin millésimée de dernière minute. Bref. Mais maintenant, les jeux sont faits, la dernière opération s'annonce à quelques centimètres. De toute façon, depuis quelques minutes une voix répète dans le micro que "game is over, on ferme". Je formule donc quelques goodies de politesse pour la caissière, charmant petit bout de femme en uniforme rose. Intimité partagée sous un sourire peu banal, tous mes achats passent entre ses mains, manipulation étonemment délicate pour une fin de journée. Merguez, bip. Ketchup, bip. Pain, bip. Chips, bip. Taboulet, bip. Tomate, bip. Poivron, bip. Bière, bip. Vin de pays, bip. Jouet, bip. Habillement, bip. Papéterie, bip...etc. J'entends: "Ah, un barbecue?". Et je réponds: "Oui, merci". Puis je me dis: "Pourquoi ai-je balancé un merci avec mon oui? Et pourquoi avoir acheté ce ballon Kung-fu Panda, ce chapeau de paille, et ce kit de papier-à-lettres écologique mais à priori trop granuleux?". Définitivement, ce rayon réfrigéré est à manier avec des pincettes, de quoi perdre pied.
- Gilberto Gil / palco

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Séduisant-Séducteur

Cécile B. a dit…

Un ballon kung-fu panda haha, génial.
Bises.

MP3's are for sampling purposes. If you are the copyright owner of a file, and would like it removed, simply email me.