« J'étais sérieux, mais par perversion »

20080603

Quand on ne peut y poser que des larmes

rIl n'y a pas que des gens speed dans les gares, on peut également croiser des silhouettes figés, tristes de voir s'effacer un dernier wagon dans les vapeurs du lointain. Je l'ai vu l'autre jour, j'étais assis avec mon journal froissé, à ma droite un homme, debout mais le regard mort, comme puissamment épuisé par la vision. Sa chérie venant tout juste de fuir par les rails, peu à peu le quai perdait trace de son sillage, ce parfum de la dernière Saint-Valentin, laissant un amoureux sans le souffle, totalement égaré. J'essayais alors de comprendre la nature de la tragédie, simplement géographique, et donc temporaire, ou plus douloureusement sentimentale, un point final. Cependant, le réel m'appelait, alarmant, et je quittais donc des causes imaginaires pour ne voir que les conséquences, juste là, visibles en temps réel. Le type, gueule carré, grosse carrure dans un maillot de corps blanc immaculé, du genre à faire très peur d'une simple moue à la DeNiro, était simplement entrain d'accuser le coup de ses émotions. Il devenait maintenant la fragilité même, à mesure que le sablier de la tristesse lui deversait tant de sacs de sable sur ses épaules, larges, mais après tout humaines. Pour le coup, ses fêlures étaient telles qu'on l'aurait volontier pris dans ses bras, tout du moins dans le cadre d'un esprit compatissant, accolade fraternelle et don désinterressé de Kleenex vert-mentholé, ces fameux mouchoirs qui apaisent. Et cela, accompagné d'un discours sous-jacent, ou pourquoi pas débité, en mode:

" On est dans le même bateau mec, personne n'a dit que ce serait facile, pas plus le bonhomme qui a fini sur la grosse croix que tu portes autour de ton cou de taureau... ici, c'est la corrida, fais-toi planter avec panache, qu'on puisse applaudir! "

Ce que je lui disais, en mots ou en intentions je ne sais plus bien, en aucun cas je ne le pensais vraiment. Mais on me l'avait dit un jour, sur un quai, pareil, avec mes larmes. J'avais trouvé ce discours tellement débile que je m'étais battu, quitte à perdre, une douleur en remplaçant une autre, pour un temps. Bizarrement, le goût du sang réveille la vie, et donc, endort l'envie de mourir. Alors pour l'instant, la question en devenait, aurais-je le courage et la force de soulager ce pauvre gars, ce colosse? Le provoquer, déclencher une baston, et lui foutre sa putain de rouste... J'ai juste esquissé un sourire, froidement, puis je me suis mis à trembler, et je suis parti comme un voleur, un bras-cassé, encore une fois conscient de ce que mes intentions me surplombent.

Graham Nash / better days

Krayzie Bone / maybe it's me

1 commentaire:

Anonyme a dit…

j'aime bien cet article et ta citation dedans.
ca y est je passerai de temps en temps voir tes nouvelles lignes.

bises

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